Coopérer : une idée qui fait son chemin

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Publiée à l’initiative des coopératives de Bigre (dont Smart) et de la Confédération générale des Scop, voici une tribune largement cosignée dans le monde coopératif, notamment par des universitaires et des actrices / acteurs sociétaires et mandataires de coopératives. Si vous voulez la signer, rendez-vous sur wesign.it

La période est anxiogène. Elle double notre peur atavique de la contagion d’une angoisse sociale faite de chômage, de pauvreté, de pénurie, d’isolement, de violence.

La période est aussi pleine d’espérance. Elle donne à respirer dans les villes, offre du temps, libère la créativité, met à jour des solidarités, bouleverse la hiérarchie des utilités sociales, ouvre une fenêtre sur un monde plus sobre, moins matérialiste, façonné par l’intérêt général : le fameux « monde d’après », dont tout un chacun se met à rêver. Ce monde, nous qui sommes impliqué·es dans des organisations coopératives, nous ne savons ni le décrire ni le raconter précisément… mais nous en arpentons le chemin depuis longtemps !

Nous, sociétaires de sociétés coopératives d’intérêt collectif (SCIC), savons ce que cela signifie de richesse et de bon sens que de gérer une entreprise, non pas au seul profit de ses actionnaires, mais au travers d’une gouvernance associant toutes ses parties prenantes : salariés, clients, fournisseurs, puissance publique, investisseurs…
Nous, entrepreneur·es associé·es de coopératives d’activités et d’emploi (CAE), d’entreprises partagées, de mutuelles de travail, expérimentons ce que cela induit de solidarités sociales, de résilience économique, d’inventivité, que d’exercer librement son métier dans un cadre géré collectivement, en échappant tout autant à la subordination salariale qu’à la fragilité de l’auto-entrepreneuriat.

Nous, coopératrices ou coopérateurs de sociétés coopératives de travail associé (SCOP), de coopératives ouvrières ou œuvrières, de tiers-lieux coopératifs, savons combien il est pertinent de produire en étant maître de sa production, de son outil de travail, de son éthique professionnelle, sur un territoire dont on nourrit le tissu économique dans la durée.

Les mouvements coopératifs ont une longue histoire d’expériences, de réussites comme de déceptions. Ils savent aussi ce qu’un modèle peut entrainer comme dérives. Mais au moins peuvent-ils faire part avec sincérité des limites et des avancées de leurs pratiques. Ils peuvent faire gagner du temps et accompagner toutes celles et ceux qui cherchent à dessiner le « monde d’après », en leur apportant des éléments concrets, des concepts appliqués, une histoire, un droit, une actualité.

Nos sociétés sont structurées par de grands récits. Ils sont porteurs de valeurs, de croyances, de figures héroïques, qui façonnent nos institutions, structurent nos échanges socio-économiques, influencent nos comportements, nos désirs et nos vies. Ils nous permettent de coordonner nos actions à grande échelle. La Covid-19 a soudainement montré combien le récit du tout-marchand était décrépi. Il l’est pour faire face à la crise actuelle, il le sera pour affronter les crises écologiques à venir, et toutes celles qu’il aura largement contribué à engendrer. Nous avons un nouveau récit à imaginer que les expériences coopératives peuvent alimenter de mille manières.

La force de la coopération est de questionner et transformer les rapports à la propriété, au pouvoir et au savoir dans l’élaboration et le développement d’organisations économiques pertinentes. Rapport à la propriété d’abord, par la construction de communs à l’usage de leurs sociétaires et contribuant à l’intérêt général, rejetant la constitution de plus-values capitalistiques comme l’appropriation individuelle de richesses créées collectivement. Rapport au pouvoir ensuite, par la mise en œuvre de modalités de gouvernement privilégiant la concertation et l’intelligence collective, dans une logique de citoyenneté économique. Ouvrir et associer davantage, plutôt que concentrer entre les mains d’un seul : voilà un réflexe coopératif de temps de crise – et quel chemin nous avons encore à parcourir pour faire valoir ce récit dans notre société ! Rapport au savoir enfin, par la recherche des voies d’éducation populaire, de construction de savoirs endogènes auxquels chacun·e peut légitimement contribuer et que chacun·e peut librement se réapproprier.

Les fablabs coopératifs, les entreprises partagées ou les réseaux autogérés de production de masques et de gel sont en train de démontrer la pertinence, non pas de leurs modèles, mais de leurs principes. Qu’il s’agisse de relocaliser des productions essentielles, de travailler à la souveraineté des données, de mettre en place des organisations de travail souples, résilientes, réactives, ou encore d’inventer de nouveaux modèles de solidarité sociale, les formes coopératives, mais aussi mutualistes ou associatives, proposent une méthode, une éthique, des expériences qui défrichent le chemin à emprunter.

Nous ne travaillerons plus comme avant. Nous ne voulons pas du rebond économique qu’on nous promet et qui remettrait en selle l’économie prédatrice dans laquelle nous baignons depuis quarante ans, avide de productivité, de croissance, de captation des richesses créées par le travail au profit de comptes bancaires situés à l’autre bout du monde. Nous ne voulons plus entendre de contes peuplés de chefs, de héros et de saints. Ces récits-là, et l’économie qu’ils véhiculent, sont en train de détruire nos démocraties politiques, nos libertés, nos aspirations à bien vivre dans un monde apaisé. C’est en nous engageant fermement, sincèrement, sur la voie de la démocratie économique que nous sortirons de cette crise et que nous préviendrons les suivantes. Décider ensemble, à la juste échelle, de ce que nous désirons produire, consommer, épargner, protéger, promouvoir, dans une logique démocratique et collective, c’est très exactement ce que mettent en actes les coopératives. Toutes celles et ceux qui souhaiteront imaginer le « monde d’après », et l’expérimenter dès à présent, les trouveront à leurs côtés.

Premiers signataires :
• Anne-Laure Desgris, Maxime Dechesne (codirigeant·es de la coopérative Smart)
• Anne Lechêne (cofondatrice des Jardinier·e·s du Nous)
• Anne et Patrick Beauvillard (cofondateurs de l’Institut des Territoires Coopératifs)
• Amélie Artis (Université Grenoble Alpes, CNRS)
• Amélie Rafael (vice-présidente de la Confédération générale des Scop)
• Amandine Albizzati (pdg de la SCIC Enercoop)
• Aliocha Iordanoff (leader de la SCOP Semawe)
• Alexandre Bourlier, Sylvain Le Bon (codirigeants de la SCIC Startin’blox)
• Alain Bouchon (président d’Aceascop)
• Anthony Boule, François-Xavier Ferrari (cofondateurs de la SCOP Mu)
• Antoine Legrand, Vincent Bastier, Virgile Benoit (associés de Natura Scop)
• Antonella Corsani (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)
• Arnaud Saint-Martin (coordinateur des Editions du Croquant)
• Aurélien Denaes (codirigeant des SCIC Casaco et La Tréso)
• Baptiste Nomine, Connie & Benjamin Chow-Petit, Nicolas Loubet (contributeurs à la Myne et Oxamyne)
• Benoit Henry, Benoît George (cogérants de la SCOP Vecteur Activités)
• Bertrand Vignau-Lous (président de la SCIC 8Fablab)
• Camille Bourgy, Kevin Guillermin, Marie Michel (codirigeant·es de la SCIC GRAP)
• Caroline Ligouy (présidente de la SCIC Nouveau Monastère)
• Caroline Maillet (associée de la SCIC Epicerie La Carline)
• Catherine Berthonneche (cogérante de la CAE Mosaïque)
• Catherine Bodet, Hervé Gouil, Jean-Luc Chautagnat, Stéphane Veyer (cogérant·es de la Manufacture coopérative)
• Cécile Le Corroller (Université de Caen Normandie, Acte 1)
• Cécile Malaterre (présidente et directrice générale de la Maison de l’Initiative)
• Cédric Stien (collectif Voc-coV)
• Céline Parat (cogérante de la SCOP CAE On est bien là)
• Christine Graval (cogérante de la CAE Consortium Coopérative et des Usines Nouvelles)
• Claire et Clément Jacquemin (cogérant·es de la SCIC Le Temps de Vivre)
• Clément Simonneau, Samuel Bonneau (cogérants de la SCIC Les oiseaux de passage)
• Cyril Zorman (président Urscop AURA, gérant de Probesys/Troiza)
• Danièle Demoustier (présidente d’Alpes solidaires)
• David Hiez (Université du Luxembourg, Iuscooperativum)
• Devina Azis, Maud Le Guével (cogérantes de la SCIC Le Grenade)
• Elisabeth Bost (initiatrice des CAE)
• Elisabetta Bucolo (CNRS, Lise-CNAM)
• Elise Belard, Simon Careil (codirigeant·es de la SCOP L’Ouvre-Boites 44)
• Eric Bidet (Le Mans Université, Argumans)
• Eric Guibourdenche (coprésident de Copéa)
• Fabrice Clerc (gérant de la SCIC L’Atelier Paysan)
• Fabrice Nicol (directeur général de la SCIC CAE Prisme)
• Fatima Bellaredj (déléguée générale de la Confédération générale des Scop)
• Florence Tholly (directrice de la SCIC Sapie)
• Florent Le Saout (président de la SCOP Astrolabe)
• Frédéric Moiroux (pdg de la SCOP Tsarap expertise)
• Gilles Caire (président de la SCIC B323)
• Henri Cachau (directeur de la SCIC Louty)
• Hervé Charmettant (Université de Grenoble)
• Hervé Defalvard (chaire ESS-UGE)
• Isabelle Ferreras (Université UCL de Louvain)
• Isabelle Nony, Jean-Philippe Dham, Noémie de Grenier, Patrick Delemme (codirigeant·es de la SCOP Coopaname)
• Jacques Landriot (président de la Confédération générale des Scop)
• Jean Lambret (associé de la CAE La Forge)
• Jean Lefebvre (directeur général de la SCOP Pollen)
• Jean-François Draperi (CNAM, Acte 1)
• Jean-Jacques Magnan (directeur général de la CAE Solstice)
• Jean-Louis Bancel (président du Crédit Coopératif)
• Jérôme Saddier (président d’ESS France)
• Joseph Sangiorgio (président de Paprica)
• Laurence Ducrot (fondatrice de Cabestan)
• Laurence Falkenstein, Sylvain Couanon (cogérant·es de la SCOP Avant-Premières)
• Laurence Ruffin (pdg de la SCOP Alma)
• Louise Flandin, Maxime Jouve (cogérant·es de la SCOP Bieristan)
• Luc Maroni (gérant de la SCIC CAE CoopConnexion)
• Manuel Jeanne, Güler Rekik (cogérant·es de SCOP276)
• Marco Della Corte (cofondateur de la SCOP Le Court Circuit)
• Marie Mayyas, Sylvie Coudret (codirigeantes de la SCIC l’Esprit Coopératif)
• Marie-Christine Bureau (CNRS, Lise-CNAM)
• Marie-Josée Daubigeon (fondatrice de Coop’Alpha)
• Marius Chevallier (Université de Limoges)
• Mathieu Castaings (président directeur général de la SCIC Finacoop)
• Maura Benegiamo (Collège d’études mondiales FMSH)
• Maxime Pourbaix (cofondateur de la SCOP On est bien là)
• Maxime Quijoux (CNRS, Lise-CNAM)
• Melaine Cervera (Université de Lorraine, 2L2S)
• Michel Abhervé (bloggeur Alternatives Economiques)
• Nadine Richez-Battesti (Université d’Aix-Marseille, LEST-CNRS)
• Nathalie Devriese (fondatrice de la plateforme coopérative Pwiic)
• Nicolas Berthet, Nicolas Planchon (codirigeants de Cap Services)
• Nicolas Jaillet (animateur pédagogique OCCE 94)
• Nicole Alix (présidente de La Coop des Communs)
• Olivier Chaïbi (enseignant)
• Olivier Nerot (cofondateur Bottom Up Society)
• Pascal Viau (gérant de la CAE Cdp49)
• Patrick Cingolani (Université de Paris)
• Philippe Chemla (gérant de la SCIC Tetris)
• Philippe Eynaud (IAE Paris)
• Philippe Le Breton (gérant de la CAE Kanopé 32)
• Philippe Le Van (gérant de la SCOP Kibatic)
• Sandrino Graceffa (ID.Est, Lise-CNAM)
• Sébastien Enault, Stéphane Robert (co-dirigeants de la SCOP CAE Cabestan)
• Séverine Saint Martin (membre du bureau de la Direction nationale de la Confédération générale des Scop)
• Simon Sarazin (gérant de la SCOP Optéos)
• Sophie Rocher (présidente de la coopérative Happy Dev)
• Stéphane Bossuet (président directeur général de Coopérer pour entreprendre)
• Stéphane Montuzet (gérant de la CAE SCIC Interstices Sud Aquitaine)
• Thomas Lamarche (Université de Paris, directeur du Ladyss)
• Timothé Bronkhorst (président du conseil d’administration de la SCOP Oxalis)
• Véronique Bousquet (cogérante de Coopératifs!)
• Willy Gianinazzi (historien)
• Yann Goasguen (gérant de la SCOP Bâti-Premières)
• Anne-Claire Pignal (déléguée CAE de la Confédération générale des Scop)
• Catherine Friedrich (directrice des études de la Confédération générale des Scop)
• Karine Tourné Languin (administratrice Coopaname)
• Sophie Hézard-Delmas (Coop Singulière Sète)
• EcoRev’ – Revue critique d’écologie politique (comité de rédaction)
• Mickael Lubac, Théo Hyvon, Yoann Demichelis (associé·es de la SCIC 8 Fablab)
• Fanny Le Brech (chargée de dynamiques collectives et communication Coopérer pour Entreprendre, Présidente Tiers-Lieu ESSpace)
• Alexandre Bigot-Verdier (Pop Café, Compagnie des Tiers-lieux, Plateformes en Commun – CAPE @ Opteos)
• Tristan Lemartinel, Nicolas Crouan, Julien Marty, Nuno Vaz Silva, Bastien Enard, Julie Weirich (entrepreneurs salariés associés de Prisme SCIC CAE)
• Charlotte Dudignac (directrice générale déléguée de Coopérer pour Entreprendre)
• Maroin Al Dandachi, Benjamin Danon, Séverine Jacob, Florent Kaisser (entrepreneur.es salarié.es associé.es de Optéos SCOP CAE)
• Caroline Lacoëntre (directrice de Copéa)
• Nicolas Guingand (délégué URSCOP AURA)
• Nathalie Barnier, Elise Barnet, Bertrand Barrot, Sarah Loyer, Stéphane Pignal, Carole Tournier, Valérie Vandeputte (équipe support de Solstice CAE en Biovalllée Drôme)
• Caroline Naillet (coordinatrice de projet, 8 Fablab Drôme)
• Baptiste Bétinas (entrepreneur salarié et administrateur de Cabestan, SCOP CAE)
• Audrey Chalumeau (entrepreneure associée CAE Kanopé et doctorante CESSMA université de Paris)
• Benjamin Gentils (travailleur des communs dans le secteur de l’éducation)
• Jean Robert (cofondateur de On est bien là SCOP CAE)
• Charles De Borggraef (CAPE @ Prisme SCIC CAE)
• Emmanuel Dessendier (CAMSP Paris 15, DionyCoop & Crèche associative Jardin Picou – Saint-Denis, EcoRev’)
• Tristan Klein (Mosaïque)

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