Le 27 janvier dernier, le conseil d’Administration de Smart Belgique a mis un terme à l’essaimage international et à l’animation du réseau Smart en Europe depuis Bruxelles.
Cinq ans pour atteindre l’équilibre
Depuis 2020, les partenaires européens avaient pour objectif de viser l’équilibre économique. Smart Belgique a, dans cette optique, progressivement réduit son soutien financier : ses investissements sont passés de 1,5 million d’euros en 2021 à zéro en 2025. Cette trajectoire s’inscrit dans la stratégie Smart 25 et son recentrage sur le cœur de métier afin de mieux répondre aux besoins des membres en Belgique.
Ces cinq années ont servi à accompagner les partenaires dans la transformation de leur modèle, à travers le développement d’outils numériques capables d’absorber la croissance sans alourdir la masse salariale, la recherche de financements locaux (subsides, partenariats) et la réduction des charges structurelles. Ce travail est aujourd’hui achevé, et chaque pays se trouve à un stade différent.
Des trajectoires qui ne sont pas allées au bout
Sur la période 2020-2025, certains partenaires n’ont pas réussi à faire évoluer suffisamment leur modèle économique. C’est le cas de Smart France et de Smart Pays-Bas, qui ont cessé leurs activités, et de Smart Autriche, aujourd’hui en procédure de liquidation après une dégradation rapide de sa situation financière en 2025. Smart Espagne, pour sa part, a fait le choix de quitter le réseau. Ces trajectoires, bien différentes les unes des autres, font partie de l’histoire commune que Smart a construite à l’international depuis 2007 — une histoire faite d’expérimentations, dont certaines n’ont pas pu se concrétiser dans la durée.
Trois partenaires qui tiennent le cap
À l’inverse, trois coopératives partenaires sont parvenues à atteindre l’équilibre économique : l’Allemagne, l’Italie et la Suède. Ensemble, elles représentent aujourd’hui plusieurs milliers de membres qui continuent à exercer leur activité au sein d’entreprises partagées.
Smart Allemagne confirme une dynamique remarquable. Son chiffre d’affaires a progressé de 16 % en 2025, pour atteindre 7 millions d’euros, porté par une croissance constante tout au long de l’année. La coopérative a atteint l’équilibre financier et continue de croître dans un contexte pourtant difficile, sans avoir eu besoin de renforcer ses équipes grâce à une digitalisation bien maîtrisée. Elle a également décroché plusieurs subsides qui lui permettent de développer une offre d’accompagnement : WorkCoopHub, ElevateHer pour la réduction des inégalités de genre, et un projet de développement à Hambourg. Smart Allemagne est aujourd’hui reconnue comme un acteur de référence du travail autonome et de l’économie sociale sur son territoire, et a vu le nombre de ses membres actifs continuer à croître.
Smart Italie a, elle aussi, franchi une étape importante cette année avec le déploiement d’un nouvel outil en ligne pour les sociétaires, remarqué pour son design et ses fonctionnalités de mise en relation entre membres. La coopérative a lancé une grande enquête auprès des membres afin de mieux cerner leurs besoins et ajuster ses priorités, tout en menant un travail de fond sur les raisons de départ de certains sociétaires. Son chiffre d’affaires atteint 6,7 millions d’euros, en progression de 6 % par rapport à 2024. L’équipe, stable depuis plusieurs années, a également repris la comptabilité en interne et trouvé un équilibre de fonctionnement entre ses deux bureaux de Rome et Milan. Le principal défi reste un chiffre d’affaires qui a tendance à plafonner, sur lequel l’équipe travaille activement.
Smart Suède se rapproche, elle aussi, du point d’équilibre, avec une trésorerie saine et stable et une activité en progression de 4 % pour atteindre 2,6 millions d’euros. La coopérative a multiplié sa présence lors d’événements, en Suède comme ailleurs en Europe, et développé de nouveaux partenariats. Deux projets européens obtenus récemment vont nourrir son activité dans les prochains mois : Resilient Threads, au service de la communauté rom, et un projet mené avec le Swedish Institute Creative Culture Group en Lituanie, qui mobilisera cinq artistes en résidence en collaboration avec des membres de Smart Suède sur deux ans. Le défi pour la coopérative suédoise reste de diversifier un modèle encore très centré sur les subsides et le secteur culturel.
Une histoire qui continue, sous d’autres formes
Les tentatives de redynamiser un réseau européen plus structuré se sont heurtées au nombre limité de partenaires actifs et à leur priorité, bien légitime, de consolider d’abord leur propre activité sur leur territoire. C’est dans ce contexte que le conseil d’administration a décidé de mettre fin à la mobilisation de ressources humaines spécifiquement dédiées à ces missions depuis la Belgique.
Cela ne signifie pas la fin de l’aventure européenne de Smart. En Italie, en Allemagne et en Suède, des centaines de membres continuent chaque jour à faire vivre le modèle coopératif. Smart Belgique maintient des liens actifs avec ces coopératives partenaires, dans le respect de leur autonomie et de leurs choix stratégiques. C’est la fin d’un cycle — accompagnée et assumée — mais aussi la confirmation que Smart reste, durablement, en dialogue avec un écosystème européen né d’une histoire commune.
