La solidarité concrète coopérative et notre plan Corona : faisons le point

Smart, le plan corona et moi
Vous êtes toutes et tous concerné.e.s, partiellement ou totalement, par l’impact économique sur vos activités de la crise sanitaire qui nous frappe.
Toutes et tous vous attendez légitimement de l’Etat et des Pouvoirs publics, de Smart également, les actions concrètes qui vous permettront de sortir de cette crise sans trop de casse.

L’Etat a la capacité de creuser très profondément ses budgets, son déficit. Malgré les mécanismes européens qui sont ou seront mis en place, cela aura des conséquences dans les années à venir : et ces conséquences seront en partie le résultat de rapports de forces politiques entre les tenants de l’orthodoxie néolibérale budgétaire, fiscale et monétaire et ceux d’une reconfiguration systémique de nos fondamentaux économiques et sociaux. Nous y reviendrons bientôt sur ce site.
Smart, elle, n’a tout simplement pas la capacité de prendre en charge les millions, et peut-être les dizaines de millions d’euros de pertes de chiffre d’affaires résultant de commandes/productions annulées ou habituellement espérées et qui ne viendront jamais. Et pourtant, elle va agir, avec ses moyens propres, animée par ses valeurs de mutualisation solidaire. Et cela aussi aura des conséquences sur le moyen terme, que nous partagerons et assumerons collectivement. D’ores et déjà, les employés de Smart, y compris sa direction, prennent leur part personnelle dans cet effort : « entreprise partagée » n’est pas un vain mot.
Dans notre entreprise partagée, le risque commercial est justement partagé depuis toujours entre les Activités (les entités économiques autonomes, encapsulées dans l’entreprise partagée) et l’entreprise partagée elle-même : un impayé encore recouvrable est imputé au budget d’une Activité, et quand il devient irrécouvrable pour cause de faillite, Smart prend en charge son coût et abonde le budget de l’Activité concernée du montant de la créance perdue, en puisant dans les ressources mutualisées, collectives, qu’elle gère. Entre autres exemples : il y en a d’autres, comme les régularisations TVA ou de déclaratif social,  découlant d’encodages mal maîtrisés par certains.
Ces ressources mutualisées, ce Fonds de solidarité économique (on disait aussi le Fonds de garantie) est évidemment lui-même abondé par l’ensemble des contributions découlant de vos activités économiques.
Notre plan Corona, voté par un Conseil d’administration qui est composé majoritairement de sociétaires en Activités, faut-il le rappeler, comporte principalement 4 volets :
  • le volet du travail salarié: qu’il s’agisse de payer des contrats de travail adossés à des commandes ou des productions annulées, en avançant la trésorerie nécessaire aux Activités, ou de gérer avec ces Activités la mise au chômage temporaire/partiel pour motif économique quand cela s’avère possible (et l’on s’adapte en permanence aux décisions politiques qui évoluent chaque jour) et souhaitable (pour le travailleur);
  • le volet économique : dans quelques jours, dès fin avril, quand ce premier volet sera réglé, un plan de relance sera mis en place visant à accompagner, voire aider ces entités économiques (les Activités), à résorber ces charges, sans impact toxique pour leurs activités futures. Une partie de ces charges sera absorbée par le Fonds de solidarité économique, selon des modalités et un niveau qui seront démocratiquement déterminés lors de l’Assemblée Générale 2020;
  • le volet de l’aide sociale : il s’agit ici d’une aide personnelle, directement octroyée au sociétaire, pour faire face à une situation difficile causée par la crise sanitaire. Le formulaire d’une demande d’aide sociale, qui sera traitée en toute confidentialité, sera disponible sur ce site dès le 8 avril ;
  • le volet économico-politique : il s’agit de faire bouger les lignes, comme l’on dit, afin que les Activités portées par les travailleurs en entreprise partagée puissent bénéficier de toutes les aides, sectorielles ou non, qui seraient octroyées par les Pouvoirs publics dans des conditions où il n’apparaît pas évident que la nature juridique de ces entités économiques autonomes encapsulées leur permettent de faire valoir leurs droits légitimes. Nous déployons pour ce faire une intense activité de lobbying auprès des Gouvernements et des Assemblées.
Cette fois, la crise actuelle a un impact systémique, et ce Fonds de solidarité économique n’a jamais été conçu pour absorber un tel déficit d’activités économiques. Et pourtant, il est costaud : nous avons ainsi absorbé collectivement, en lieu et place des Activités, des faillites conséquentes ces dernières années, pour plusieurs millions d’euros depuis la retentissante de Take Eat Easy (été 2016). Il n’en reste pas moins que Smart, dont la solidité se manifeste encore une fois aujourd’hui, n’a évidemment pas les moyens d’un Etat, et n’est pas, n’a pas vocation à être une « sécurité sociale bis ».
En outre, le partage du risque reste nécessaire, c’est la nature même de l’entreprise partagée : à chaque risque qui se manifeste et que la collectivité décide de prendre en charge, c’est la collectivité qui paiera, Smart n’étant rien d’autre que cette collectivité. Elle n’est qu’une communauté de travailleurs qui disposent eux-mêmes des ressources provenant de leur travail, et qui font le choix d’en mutualiser une partie – en interdisant statutairement que ces moyens mutualisés puissent jamais servir à rémunérer du capital, des investisseurs, des actionnaires. Aucun dividende ne peut être attribué à un sociétaire, et aucun d’eux ne peut tirer la moindre plus-value de ses parts sociales. La plus-value captée sur le travail est appropriée collectivement – sans jamais quitter l’entreprise partagée, Smart.
Et ce partage du risque, il a lieu exclusivement entre deux entités : entre l’entreprise partagée, d’un côté, et les entités économiques qui y sont encapsulées, de l’autre. Jamais, au grand jamais, entre l’entreprise partagée et les personnes, salariées, titulaires d’Activités, sociétaires … Il s’ensuit d’ailleurs qu’aucune dette personnelle ne peut être contractée par quiconque au titre de son activité économique en entreprise partagée , et qu’aucune entité économique encapsulée ne peut faire faillite … au pire, elle se met en sommeil, temporairement.
Certain.e.s parmi vous seront déçu.e.s de ne pas recevoir un chèque d’indemnités « corona » à la fin du mois, pour traverser cette crise avec le moins de casse possible. Certain.e.s en seront même fâché.e.s. Ils, elles feront entendre, et c’est nécessaire et légitime en démocratie, leurs voix lors de l’AG 2020 qui fixera le niveau et les modalités de la prise en charge collective des pertes individuelles des Activités.
En attendant, une chose est certaine : Smart dégage immédiatement des moyens considérables pour fournir les liquidités nécessaires à traverser cette crise ainsi que l’aide sociale de première ligne, et les salariés verront leurs salaires payés ou bénéficieront des indemnités versées par la sécurité sociale, le cas échéant (cfr nos articles sur le chômage temporaire/partiel) – comme dans n’importe quelle entreprise socialement responsable.
C’est ensemble, ensuite, que nous ferons face aux jours d’après.

5 réponses sur « La solidarité concrète coopérative et notre plan Corona : faisons le point »

« Le formulaire d’une demande d’aide sociale … sera disponible sur ce site dès le 8 avril. »

Sauf erreur de ma part, le formulaire n’est pas encore disponible.
Pouvez-vous nous donner une date ? Merci !

Bonjour,

Après lecture de votre plan Corona, des documents présentés et suite au contact avec ma conseillère, voici quelques remarques :

-La différence entre annulation et report n’a pas lieu d’être dans bien des cas notamment celui des techniciens dans les musées. Ces structures ont une programmation continue tout au long de l’année. Les expositions sont reportées à 2021 certes. Mais elles prennent la place d’une autre expo de 2021. Cela signifie qu’il y a bien un mois minimum (pour le moment) de travail qui a complètement disparu! Dans cette logique, on ne va pas inventer un 13e mois à l’année 2020 pour remplacer celui perdu pdt le lockdown. Bref, Smart DOIT absolument reconnaître ces situations particulières, ce mois de travail ANNULE dans leur mécanisme de protection.

-Les contrats pris en charges pour l’instant doivent être contractés avant la crise, 14/03. J’imagine que cette directive est temporaire. Smart sait pertinemment bien que bcp de contrats se font au jour le jour, de semaine en semaine, en fonction des besoins des clients. Énormément de prestations sont perdues, preuves a l’appui du donneur d’ordre, et n’ont pas été enregistrées. Et ce après le début du confinement pour énormément de prestations. Smart DOIT reconnaître ce mode de fonctionnement ultraflexible qu’il rend possible et qu’il cautionne.

D’une manière plus générale, Smart est ici à un momentum. Elle montrera son vrai visage par la manière dont elle protégera ses membres (autrement qu’en mettant en place un forum pour s’échanger un tournevis ou une visseuse). Elle a permis et permet à bcp de freelance de créer et de faciliter une manière de travailler. Mais en participant aussi à cette ultraflexibilité et fragilité liés à ces régimes. L’état fédéral a la plus grande responsabilité à reconnaître les intermittents certes. Mais Smart àl’occasion de prouver aujourd’hui qu’elle n’est pas qu’un agent d’uberisation répondant efficacement au besoin du marché du travail.

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